Jeudi dernier était une belle journée ensoleillée.
Jeudi dernier, je me rendais à un apéritif convivial.
Jeudi dernier, j’ai rencontré Jean-Michel Préjugés et je n’étais pas prête. Clairement pas. 

Non je n’étais pas équipée. Il me manquait une pelle, les fameux amis-de-confiance-prêts-à-tout-et-même-au-silence et des rouleaux de scotch. Beaucoup de scotch mais ça je l’ai compris trop tard.

C’état donc jeudi dernier. J’arrive à l’appartement, musique, plein de nouvelles têtes, bonne soirée en perspective. Bise sur la joue : « Je te préviens le gars là-bas gominé-gras à côté du buffet, c’est le pote d’un pote qui s’est incrusté. Si tu veux un conseil, évite-le ».

D’accord. Ce ton mélodramatique est-il nécessaire ? Non parce qu’on frôle le « cours Forest cours » quand même… Soit, j’écoute ce bon conseil. Portée par la vague de soupirs des groupes ravis de voir Jean-Michel s’éloigner d’eux, je mets en action tous mes talents de trapéziste pour éviter Gominé qui se déplace plus vite que son ombre.

22 h 30 : jusqu’ici tout va bien, je discute avec un quelques personnes très sympa, toujours pas de Jean-Michel à l’horiz…

« BONSOIR ! »

Hé m*****, le v’là « Bonsoir » inquiet du groupe

— Je m’appelle Jean-Michel
— Sarah
— Émilie
— Mélina
— Flavien
— Enchantés. Vous faites quoi dans la vie ?

Mais pourquoi parle-t-il si fort ?

— Infirmier
— Agricultrice
— Assistante Maternelle
— Conseil en communication
— La communication ! Super » s’exclame Jean-Michel. « C’est-à-dire ? »

Et si près bon sang ?!

— Hé bien, j’aide les entreprises à mieux communiquer sur le web, à être visible auprès de leurs clients pour se développer.
— Ah super !

Flottement dans le groupe. Tentative de l’un de nous pour relancer la conversation : « Je sais pas si vous avez vu, mais une étude américaine dit que les pandas ne sortent plus de chez eux sans anti-cernes.
— Mais oui, mais c’est dingue. La pression sociale est énorme aujourd’hui même sur les pandas.
— Mais t’as pas voulu faire un vrai travail ? »

Silence, regards en coin. Oui, oui, c’est bien Gominé qui s’adresse à moi. Tant pis pour les pandas.

Moi : « Il se trouve que c’est un vrai travail. J’ai fait des études pour exercer ce métier.

— Des études pour regarder des vidéos sur Facebook ! Non mais l’autre !

Re-silence. Re-regards en coin.

« Vous savez quelle marque d’anti-cernes ils utilisent les pandas ?
— Tu es au chômage en fait, c’est ça ?
— …
— …
— …
Non non je t’assure, j’ai un travail, j’aide les entreprises à développer leur communication.
— Oui à d’autres hein. Poster une photo sur Facebook entre 2 séances de baby foot c’est pas un travail ! »

C’est à ce moment là que mes acolytes ont décidé d’aller voir si eux aussi n’avaient pas besoin d’une retouche d’anti-cernes. Fuyez, je vais vous ralentir.

— Étonnement, je ne joue pas au baby-foot. Par contre je te re-confirme que c’est bien mon travail et que je vis de ça.
— Tu es payée pour traîner sur Facebook en fait ?
— Mon travail ne consiste pas qu’à traîner sur Facebook, lancé-je ironique
— Oui, c’est vrai, il y a Instagram aussi ! » 

C’est là que j’ai compris 2 choses : Gominé ne saisit pas l’ironie et je devrais toujours avoir une pelle sur moi. Vous la voyez venir la suite ? Le pourquoi du comment du scotch et des amis silencieux-tais-toi-et-creuse ?

Et Gominé d’ajouter « Allez je te charie. Explique-moi ton métier ça m’intéresse. »

Inspire, expire. Un cercle est un carré, un carré est un cercle.

« Bon alors effectivement sur une partie de mon travail j’anime les réseaux sociaux de mes clients, mais pas seulement. Pour le reste, je fais aussi du référencement naturel ou payant pour que les sites soient visibles sur Google, de la rédaction, de la gestion de projets avec d’autres prestataires et bien d’autres choses.

— Ouai des trucs qu’on peut tous faire en fait. » 

Je vais faire du jus de Gominé dans 2 minutes si personne ne m’éloigne.

« ON qui ? Ah oui le mec qui s’appelle ON et qui avait un phare ? 
— Hein ? 
— Laisse tomber, une vague réplique à peine connue d’un petit film de gaulois…
— Connais pas. Ouai donc en fait tu es graphiste un peu ?
— Non parce que graphiste c’est encore un autre métier avec une autre formation et d’autres compétences.
— Ah ouai d’accord. Non parce que ma cousine elle fait ça aussi.
— Quoi ? Du graphisme ou du conseil en communication ?
— Je sais pas, des trucs sur les ordis. Et elle est sur Facebook aussi.
— Ah oui bien sûr. Un ordi et Facebook, et hop tous le même métier !
— Bon même si pour toi c’est un « travail », au fond tu travailles pas beaucoup, t’es souvent en vacances. 
— Ah bon ? Ravie de l’apprendre. 
— Du coup, quand tu pars tu donnes tes trucs à la secrétaire ?
— Alors non, je ne donne pas mes trucs à la secrétaire. D’abord parce que cette petite dame a son travail qui lui prend déjà beaucoup de temps et ensuite on ne forme pas quelqu’un sur un métier vite fait pour qu’elle « prenne le relais »… Et puis tu sais…
— Ouai d’accord. Tu connais les Guifes ?
— [Non mais il ne m’écoute pas en plus] Les quoi ?
— Les guifes ?
— Ah non là j’avoue que ce mot ne me parle pas.
— Bah alors t’es dans la com et tu connais pas les guifes ? »

On pourrait inventer les pelles rétractables ? Tu déplies, tu assommes, tu replies.

Et Gominé de reprendre : « Mais si tu sais, les guifes, les mini-vidéos hyper drôles qu’on voit partout sur Twitter et tout !

— Aaah les gifs ! Oui je connais les gifs, pas les guifes.
— Oui c’est pareil. T’as vu celui avec le chat qui rentre dans un carton ?


— Ça me dit vaguement quelque chose
— D’ailleurs j’y pense ! Toi qui es dans l’informatique, j’ai un problème avec mon imprimante. Une fois sur deux elle se connecte pas à mon ordi et…
— Je ne suis pas dans l’informatique, désolée je ne vais pas pouvoir t’aid…
— Hé venez tous on va faire une photo de tout le monde ! » Mais MERCI  ! Sauvée par le gong. Pourquoi personne n’a eu cette idée avant ! L’occasion est trop belle, Gominé trop proche. Je me sauve beaucoup trop euphorique pour une simple photo : « AAAAAH MAIS C’EST TROP GENIAL UNE PHOTO ! »
— Mais tu es beaucoup trop euphorique pour une simple photo.
— Je sais !
 

Installation, préparation. Tout le monde est bien dans le cadre ? Mais non Manon je te vois pas. Rapproche-toi d’André. Mais je vais tomber, je suis en équilibre. T’as mis le flash ? Ah non pas le flash ça fait mal aux yeux. Allez on est bon. Tout le monde sourit. Cheese. Flash. Aïe ça pique les yeux ton truc. Je l’avais dit. C’est dans la boite. Tu nous l’enverras hein. Oui, oui je vous l’envoie.

— EH EH LA COMMUNICATION, TU LA METTRAS SUR FACEBOOK HEIN ?

Dois-je préciser qui a lancé cette blague ?

Remarque :

Jean-Michel Préjugés n’existe pas et cet article ne vise personne. Jean-Michel est le cumul de nombreux clichés que j’ai pu entendre/lire depuis des années.
Aucun grief contre les Jean-Michel non plus, je reprends seulement la folle époque de Kad & O et leurs célèbres chanteurs inconnus.
Aucun métier n’échappe probablement aux clichés, je souhaite partager avec humour certaines petites phrases que j’ai l’habitude d’entendre concernant le mien. 

La petite surprise c’est que j’ai revu Jean-Michel. Et il trouve que la com c’est trop cher. Si cela vous intéresse, je vous raconterai nos retrouvailles ! 

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